« Le fil d’or de ma vie » : homélie de l’abbé Belet pour ses 50 ans de sacerdoce

Homélie de la messe du dimanche 21 juin 2020 à l’église Sainte-Thérèse de Montauban.

Jésus dit aux apôtres qu’il envoie en mission : « Ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez -le sur les toits » Je me permets donc aujourd’hui de dire des choses que je n’ai jamais racontées en public, non pas pour parler de moi, mais parce que, au bout de 50 ans que je suis prêtre, je comprends un peu comment le Seigneur a tissé le fil d’or de ma vie.

J’ai été aumônier de l’hôpital de Montauban pendant douze ans.

Un jour, la première année, le service des soins intensifs m’appelle : quelqu’un veut te voir, et c’est urgent. J’y vais de suite. C’est un jeune homme. Il me dit : « Dans trois jours, je vais être bouffé par les asticots. Qu’est-ce que vous me dites ? » Ce sont les paroles que j’ai entendues, je prie trois secondes : Seigneur, au secours ! Car qui suis-je moi pour l’aider ? Je ne suis rien, je ne connais rien de lui, ni son nom, ni son histoire, ni sa maladie (ça ne me regarde pas), ni s’il est baptisé, s’il a de la famille etc.. Et j’ai très peu de temps : trois jours, c’est-à-dire trois fois un quart d’heure, car il est très faible et je ne peux pas m’éterniser. J’ai oublié le détail de ces trois rencontres, je me souviens seulement que j’étais tranquille car quelqu’un d’autre menait le jeu. De temps en temps, il faisait « oui » avec ses yeux ou ses lèvres. Je n’ai jamais su si ça voulait dire « je comprends » ou « je crois ». Je ne sais, Dieu le sait et cela suffit.

A partir de cette rencontre un peu particulière, j’ai compris que, pour mon travail d’aumônier à l’hôpital, j’étais comme Moïse devant le buisson ardent : « Dieu est là » et comme dit la chanson : « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu » Ou, comme j’aimais le dire : «  Je suis Jésus ressuscité ( dans le sens que je porte quelqu’un de plus grand que moi) qui rencontre Jésus souffrant » l’image n’est pas juste théologiquement, mais elle m’a aidé à marcher au rythme de chaque personne et à la regarder avec le regard même de Jésus. Probablement je n’y suis pas toujours parvenu, mais elle était là ma boussole.

Et j’en ai rencontré des gens, bien moins que le personnel soignant, et j’en ai connu des situations, et toute la gamme des sentiments devant la maladie et la mort, depuis l’angoisse absolue jusqu’à la paix profonde du cœur. J’ai même rencontré des saints, et cela je l’ai dit publiquement.

J’ai beaucoup aimé ce travail que nous avions l’occasion d’offrir chaque jour à la messe.

Chaque semaine, le samedi à 17h je dis la messe pour des patients en psychiatrie.

Ils sont quatre ou cinq fidèles, et peut-être d’autres, occasionnellement. Nous écoutons la parole de Dieu et nous la partageons. Nous prions ensemble. Des fois, ça part dans tous les sens, et il faut recadrer doucement. Je suis heureux d’être là, et eux aussi : peut-être un moment de respiration dans leur vie difficile.

Un jour, une des participantes dit : « Monsieur l’aumônier, on est dans l’âme, hein ? Et on est l’âme ! » Je suis très frappé, car elle emploie le même langage qu’un fameux écrit du 1er siècle de notre ère, un écrit qu’elle ne connaît probablement pas et qui dit, en donnant beaucoup d’exemples : « Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde ».

Pourquoi sommes-nous bien ? Parce que nous faisons l’expérience fondatrice de l’Eglise : « Là où deux ou trois…» Ainsi comme dit Saint Vincent de Paul : « Les pauvres m’ont dit la Bonne Nouvelle ! »

Un des derniers signes de Dieu, au temps du confinement.

Dire la messe tout seul dans un appartement n’est pas forcément très gratifiant. Si j’y ai été fidèle, c’est parce que à chaque messe, je crois, nous sommes ajustés au Christ, nous sommes plongés en lui qui sauve le monde et nous unit,

  • à tous ceux qui, dans cet épisode du Covid 19, ont les mains dans le cambouis et n’ont pas compté leurs heures (les soignants, et tous les autres…)
  • à tous ceux qui ont basculé dans une plus grande précarité, comme disait quelqu’un à qui je ne donnerais pas le bon Dieu sans confession et que je rencontre un jour derrière l’église Ste Thérèse : « Vous savez, c’est bien difficile ! »
  • à tous ceux qui ont basculé dans la mort
  • à tous ceux qui ont fait preuve d’une solidarité et d’une charité inventive, comme cette dame vue à la télévision, qui rameute ses copines pour laver le linge ou préparer de bons petits plats pour des étudiants étrangers qui risquent de tourner en rond dans leur cité universitaire désertée par les étudiants français au temps du confinement : « Si vous avez besoin de quoique ce soit, vous pouvez sonner à la porte, vous serez toujours bien accueilli »

Formidable ! Aux milliers de gestes de ce type et nous en avons fait nous-mêmes ! Je le crois, les chrétiens qui ont été privés de l’eucharistie pendant le temps du confinement (C’est le cas de la dame aux petits plats dont je parlais plus haut) ont reçu de la part de Dieu autant de grâces que s’ils avaient communié, parce que simplement ils ont été tournés vers les autres et non centrés sur eux-mêmes ;

Dernier cadeau de Dieu

Pendant les mois de confinement, j’ai découvert le livre du prophète Mabacuc : trois petits chapitres où le prophète dialogue avec son Dieu et exprime tous les pourquoi du peuple qui souffre, les plaintes qui sont les nôtres en temps d’épreuve. Il finit son livre ainsi :

« Et moi je bondis de joie dans le Seigneur, il est ma force, il me donne l’agilité du chamois »

Oui je remercie le Seigneur pour la fidélité de son amour. Je remercie chacune et chacun que j’ai rencontrés sur mon chemin. Ils ont été et sont un cadeau pour moi, même dans les moments difficiles.

Au moment où bientôt je vais quitter Montauban, je vous remercie, vous les paroissiens de Ste Thérèse, de m’avoir accueilli. Puissions-nous tous connaître la joie de répondre à l’appel particulier qui nous est adressé.

Et comme je fais mienne la parole que saint Paul adresse à son disciple Timothée :

« Je sais en qui j’ai mis ma confiance » 

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